Ceusss qui nous suivent depuis quelques années commencent déjà à rire, je les entends d'ici. La transhumance à Quéménès a souvent été fastidieuse et à l'origine de récits épiques. Si vous en avez loupées, ou que vous souhaitez vous remettre à niveau avant de lire la suite, voici un petit florilège des meilleurs moments de la transhumance : cliquez ici
Alors la transhumance de Quéménès, ce n'est pas vraiment une montée dans les alpages ; avec un point culminant à 13 mètres, ça ne va pas être facile. Non, il s'agit en fait d'emmener les moutons pour l'hiver sur l'îlot d'en face, qui fait également partie de Quéménès et auquel on accède à pieds à marée basse par un sillon de galets : on appelle cet îlot un Lédenez. Ça permet à la végétation de l'île principale de se reposer un peu pendant l'hiver, et aux moutons d'aller profiter de la bonne herbe d'en face.
Les autres années, nous avions emmené les mouts (nous avons un troupeau d'une cinquantaine de brebis) en tracteur (comme ici en 2011 : cliquez ici) parce que, malgré tous nos efforts, nous n'avions jamais réussi à leur faire traverser le sillon émergé. Cette année, nous avons entrepris un travail de "dressage", à savoir : apprendre aux mouts à reconnaître le bruit du seau de friandises et à nous suivre pour en profiter.
Cet après-midi, après la sieste des petits humains, nous avons tenté d'appliquer cette méthode à la traversée à pattes du sillon pour rejoindre le Lédenez. Nous avons attendu que la marée commence à remonter pour qu'une fois en face, ils n'aient pas le temps de rentrer avant que le sillon ne soit recouvert par la mer. Oui, ils n'ont beau être que des moutons, ils nous font parfois ce genre de surprise, comme ici : cliquez ici.

Départ des troupes.
Nous avançons sur le chemin, secouant le seau et sifflant gaiement. Assez rapidement, nous nous sentons suivis :

Jules (dans le dos de David) a encore ses deux bottes.
Ne nous enflammons pas, nous sommes encore à 800 mètres du sillon, elles peuvent encore nous faire une entourloupe. D'autant que tout le monde ne suit pas, regardez les 3 derrières qui continuent de brouter l'air de rien... Et puis tout le monde n'est pas là, il doit y avoir un autre groupe plus loin sur l'île. Arrivés à 200 mètres du sillon, surprise ! Le reste du troupeau nous a entendus et nous rejoint au galop, donnant en plus envie à nos trois retardataires de nous rejoindre également :

A priori tout le monde a l'air d'être là mais nous ne nous enflammons pas, il reste encore à leur faire grimper le cordon de galets, le redescendre de l'autre côté et traverser le sillon dans les algues et les flaques d'eau. Mouai, ce n'est pas encore gagné.

Nous grimpons le cordon de galets, pas facile avec des petits sabots.

Ça suit toujours, croisons les sabots doigts.

Nous entamons la descente face Nord.

Jules a perdu sa première botte, heureusement que Chlo l'a vue, il perdra la deuxième quelques mètres plus loin.
Nous arrivons dans les algues et les flaques, c'est le moment critique, il ne faut pas se relâcher.

Nous avons traversé les deux tiers du sillon, et tout le monde suit toujours !

Enfin, nous atteignons le Lédenez de Quéménès :

Et alors là, devant cette abondance d'herbe, ni une, ni deux, mais tout le troupeau nous dépasse et cours pour aller brouter !

Huuuuum, c'est trop bon.


Et voilà la maison, de l'autre côté de la baie !

Voilà tout ce petit monde s'installe, nous allons nous éclipser discrètement pour éviter qu'ils ne nous suivent...
Nous les avons comptées avant de partir et il nous semblait qu'il en manquait une, mais nous n'en étions pas sûrs. En rentrant à la ferme, nous avons effectivement trouvé une brebis sur le bord du chemin, mais elle n'était pas seule...


Cette petite crapouille a dû naître dans l'après-midi parce que lorsque nous sommes rentrés à 17h il était encore mouillé, mais en pleine forme. C'est donc pour ça que sa mère n'avait pas suivi le troupeau, elle savait que son petit n'arriverait pas à suivre la marche. Bon, nous les emmènerons au Lédenez quand il aura pris des forces. En attendant, bienvenue à Quéménès petite crapouille.
Bon, j'espère que les fans de la saga des transhumances de Quéménès ne seront pas déçus, mais cette année, je crois bien qu'il n'y aura qu'un seul épisode !
Grosses bises,
Soizic.